Parole citoyenne

Citoyens de l’Univers ?

Plus personne ne s’étonne aujourd’hui qu’un feu de forêt en Amazonie ait un effet sur le climat de toute la planète et donc sur nos propres conditions de vie, même si nous vivons aux antipodes. Qu’on soit ou non végétarien, voire végan, et même quand on ne dédaigne pas un bon steak saignant, nous savons désormais qu’en abuser dilapide les sources d’énergie dont nous disposons et que l’humanité ne peut plus se le permettre. Parallèlement à cette prise de conscience, on voit par exemple naître une attention plus forte à la souffrance animale, un respect plus aigu des paysages, une forme solidarité du vivant qui peu à peu s’installe dans les cœurs.

C’est une évolution majeure. Depuis la Renaissance, notre civilisation s’est construite sur l’idée que la Nature tout entière serait notre propriété, une chose à notre disposition. Notre conception même de la propriété, celle dont nous avons hérité du brutal empire romain, fait de nos possessions des objets inertes à quoi l’on peut tout faire subir. Usus, abusus et fructus dit le droit romain : droit d’user, d’abuser et de tirer profit de nos biens propres. On est même allé jusqu’à classer une partie des humains, décrétés race inférieure, dans la catégorie des “biens meubles” et à les soumettre de ce fait à la toute-puissance de propriétaires autoproclamés. Que de maux sont nés de cet abus, que de blessures qui suppurent encore ont ainsi abimé la liberté, l’égalité et la fraternité dont nous nous recommandons avec raison.

Nous vivons en interaction permanente avec le vivant – pas seulement nos frères et sœurs humains, mais aussi les animaux, les plantes, même les virus – et désormais nous le savons. L’Univers est pour nous comme un grand organisme, un organisme auquel nous appartenons. Toutes les parties d’un organisme sont solidaires. Que je me blesse au pied ou au front, le mal se communique à l’ensemble. Cette constatation n’abolit pas les soins spécifiques que nous prodiguons à chacun de nos membres. Les salles de sport musclent davantage les biceps que le cerveau. La sécurité sociale a été inventée pour le bien-être des humains, pas pour le confort des poireaux. Mais peu à peu, notre conscience civique s’élargit, prend en compte les choses jusqu’ici tenues pour négligeables. Le soin que nous apportons à notre santé, à nos relations sociales, à nos lois intègrent jusqu’à notre environnement lointain. Comment gouverner ensemble ce soin ? Quand la covid traverse allègrement les frontières, ne nous pousse-t-elle pas à penser une assurance maladie mondiale ? Si l’embrasement de la Californie a bien un effet direct sur notre avenir à tous, ne faut-il pas imaginer une gouvernance qui prenne en compte le soin de tous, le droit de tous à protéger ce qui nous est commun ? Citoyens de l’Univers ?

Article publié le 2 octobre 2020.

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