Parole citoyenne

Droits de l’Homme et Droits des femmes

En 1789 l’Assemblée Constituante issue du mouvement révolutionnaire du peuple français édicte un texte d’une puissance toujours active : la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen. Ce texte inspiré décrète que tous les Hommes – vocable explicitement employé ici au sens générique d’êtres humains – “naissent et demeurent libres et égaux en droits”. Nonobstant l’idéal ainsi proclamé, la même assemblée institue un scrutin censitaire qui écarte du suffrage les citoyens à faibles revenus. Elle maintient le régime de l’esclavage dans les colonies françaises. Elle refuse aux femmes et aux non-Blancs l’exercice des droits civiques. Et ça passe…

Pendant plus de 150 ans, le suffrage, même lorsqu’il est proclamé “universel”, sera réservé aux mâles. Et ça passe. Il faut attendre l’année 1965 pour que les épouses puissent ouvrir un compte en banque ou rechercher un emploi sans l’autorisation de leur mari, et ça passe ; attendre l’année 1975 pour que le choix du domicile conjugal ne soit plus un privilège réservé à l’époux, et ça passe.

Le diable est dans le “et ça passe”. C’est comme naturellement, avec une sorte d’évidence, que cette contradiction traverse les décennies. Rétrospectivement, on se demande comment elle a pu se maintenir si longtemps. Mais la question que nous pose le “et ça passe” n’est pas épuisée. Si le mouvement “me too” n’a surgi que tout dernièrement, c’est parce que longtemps, pour beaucoup de mâles hétérosexuels, poser les mains sur le corps d’une femme sans en attendre le consentement semblait sinon naturel, du moins bénin. “Pourquoi chercher la petite bête ?”

La “petite bête” est une sale bête, entêtée, sournoise. Elle se tapit dans les replis d’une histoire plusieurs fois millénaire, celle de la domination masculine, imprimant et excusant les mille signes toujours actifs de ce déséquilibre. Continuons à la traquer. Ensemble. La majorité des humains vivent l’amour dans la rencontre entre hommes et femmes et trouvent des joies indicibles dans les étreintes amoureuses. La “petite bête” salit cette rencontre, en obscurcit la lumineuse promesse en usant de l’heureuse dépendance mutuelle constitutive de l’amour pour perpétuer le déséquilibre. Faire la peau à la “petite bête”, c’est nous ouvrir à tous les lumières de la vie. Bon 8 mars.

Déclaration des droits de l’homme et du citoyen,
adoptée par l’Assemblée nationale française le 26 août 1789,
par Jean-Jacques Le Barbier.

Article publié le 3 mars 2020.

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