Parole citoyenne

Nos sœurs les plantes

L’année 2020 a été décrétée par l’ONU “Année internationale de la santé des végétaux”. Le monde végétal, ce sont 80 % des aliments que nous consommons. Il produit 98 % de l’oxygène que nous respirons. Des centaines de millions de familles vivent des soins qu’elles apportent à des plantes, le riz ou le blé qui nous nourrissent, le coton ou le lin qui nous habillent, le raisin ou le houblon d’où coulent les boissons qui nous réjouissent, le bois dont nous meublons nos maisons, d’où nous tirons notre papier, qui illumine nos cheminées.

Nous avons partie liée avec les plantes, avec le monde végétal et nous appartenons comme lui à la grande famille du vivant. Pourtant, nous avons longtemps négligé les potentialités de ce cousinage. Nous avons imposé au monde végétal la tyrannie de la technique et de l’argent. L’agriculture paysanne, respectueuse des rythmes de la vie, a fait place à une exploitation forcenée et souvent ravageuse des sols et des plantes, à l’extermination d’espèces entières. Des monstres biologiques ont été imaginés sans souci pour la façon dont leurs monstruosités artificielles pouvaient contaminer l’environnement et la santé de tout le vivant. On est même allé jusqu’à soumettre à la même tyrannie des centaines de milliers de personnes humaines arrachées à leur belle Afrique, réduites à la condition de marchandises, à l’état d’outils animés, mises en vente au même titre que le coton, la canne à sucre ou le café qu’elles étaient condamnées à cultiver sans fin, sous le fouet de la cupidité criminelle qui accompagnait une certaine idée du “progrès”.

Notre planète souffre toujours gravement des blessures infligées par cette histoire. Mais l’urgence est là. Le sentiment d’une solidarité du vivant émerge dans mille petits foyers d’innovation sociale, écologique, économique, culturelle. Il ne s’agit pas bien sûr de devenir l’ami d’une tomate ou le co-religionnaire d’un concombre. Mais peut-être de prendre conscience que la vocation d’une fraise n’est pas le tourisme intercontinental, qu’une forêt n’est pas un portefeuille boursier et que les fleurs qui tuent les abeilles sont de dangereux avatars.

Et si l’harmonie des humains avec les autres branches du vivant devenait un objectif de la citoyenneté ?

Article publié le 31 décembre 2019.

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