Parole citoyenne

Les printemps de la liberté

L’effloraison printanière donne à la nature des airs de liberté, à l’âme humaine des envies de liberté. Une bonne saison pour réfléchir aux chemins de l’émancipation.

Souvenons-nous et portons le regard sur un printemps de l’histoire récente, la fin du régime raciste de l’apartheid en Afrique du Sud. Ce printemps dans l’Histoire est marqué par une figure de l’émancipation qui a convaincu la grande majorité de l’humanité, sans considération de couleur, de religion, d’idéologie, de mode de vie. Cette figure, c’est Nelson Mandela.

Avant le printemps, la germination.
Dans son impressionnante autobiographie « Un long chemin vers la liberté », Mandela décrit en détail deux modes d’émancipation conformés par deux types d’espace où elle se déploie. Le premier est le travail qu’il mène entre les quatre murs de la prison où il restera enfermé pendant 27 ans. En dépit de l’extrême contrainte de cet espace, Mandela s’oblige à le gorger de toute la liberté possible. Liberté intérieure. Actes de résistance d’apparence souvent infime. Travail sur les quelques relations qu’il peut établir avec ses co-détenus ou ses gardiens. Il désigne explicitement cette germination souterraine comme un engagement « politique », ouvrant les harmoniques de ce mot bien au delà de la façon dont il résonne habituellement en nous. La « politique » est ici la construction intérieure de la dignité humaine, malgré l’extrême contrainte, au cœur de l’extrême contrainte.

L’autre chemin d’émancipation dont témoigne sa vie est celui qui le conduit à repousser les murs, à élargir l’espace de la liberté, chemin auquel on donnera plus spontanément la qualification de « politique ». Effondrement sans violence de l’apartheid, du racisme structurel qui écrase la dignité et la liberté de ceux que le système exclut de la « race supérieure ». Dans la figure de Mandela, les deux chemins – construction de la dignité, élargissement de la liberté – sont inséparables. On voit bien que la dignité qu’il s’est construite entre les murs de la prison a un rapport direct avec l’immense autorité qui lui permet d’incarner et de conduire la « nation arc-en-ciel », de renverser l’extrême contrainte de l’apartheid, de repousser loin les murs de la contrainte, d’ouvrir de nouveaux espaces à la liberté, à l’émancipation.

Cette double figure de l’émancipation nous invite à ne jamais rester les bras ballants devant l’oppression, à la subvertir de l’intérieur quand elle est trop forte pour être repoussée, à la repousser chaque fois que possible. Dignité. Liberté. Emancipation. Malgré son grand âge et ses longues souffrances, qui n’a pas ressenti la joie printanière portée par le sourire de Mandela ?

Article publié le 2 mai 2019.

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