Parole citoyenne

Fake news et poissons d’avril

Une antique tradition veut que le 1er avril, on s’amuse à inventer des fausses nouvelles, à en convaincre ses interlocuteurs, puis à leur révéler leur naïve candeur en accrochant si possible dans leur dos et à leur insu un poisson découpé dans du papier. Tout ça se termine généralement par un bon fou rire. Cette coutume nous rappelle deux caractéristiques du langage : il est disponible à la tromperie ; il est apte aussi à proposer des jeux qui nous rassemblent dans la joie partagée.

Quelques jours avant le 1er avril 2019, une tromperie a parcouru les réseaux sociaux : des Rroms enlèveraient des enfants pour les vendre à des pervers ou mettre leurs organes sur le marché des transplantation. Cette calomnie raciste a provoqué quelques expéditions “punitives” contre des familles innocentes, tétanisée par l’effarant emballement. Pas drôle du tout ! Et très inquiétant pour notre usage du langage, qu’il sorte de notre bouche ou de nos claviers d’ordinateurs.

Cet épisode vient dans un contexte général de perte de confiance dans la parole publique. Il a pour arrière fond une emprise de plus en plus lourde de la publicité de marque sur nos moyens d’information. Le boniment a pris la main sur la distribution des connaissances nécessaires à notre vie civique. Il en résulte une méfiance de plus en plus épaisse et généralisée : “On ne peut plus croire en rien !” Quand la fiabilité du langage s’effondre, impossible en effet de se constituer en un peuple de citoyens capables d’échanger et de déterminer des objectifs communs. Le communautarisme – faire troupeau autour d’attachements infra-langagiers – est une des conséquences de cet effondrement.

Et si on consacrait ce mois d’avril à prendre soin de notre capacité à l’échange et à la confiance ?

Article publié le 2 avril 2019.

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