Parole citoyenne

Citoyens à long terme

Partout dans le monde, les dernières décennies ont été marquées par un important allongement de la vie. De graves déséquilibres subsistent. 24 ans séparent encore le temps qu’on peut en moyenne espérer vivre en France ou au Mali. Mais néanmoins, dans ce pays alors gouverné par la France, l’espérance moyenne de vie à la naissance était de 28 ans en 1960, année de son indépendance. Il approche désormais les 60 ans. Quarante ans de gagnés !

Ces perspectives de vie devraient nous projeter vers l’avenir, nous inviter à prendre soin d’une planète et de sociétés dont les évolutions auront une part décisive sur notre bien-être, celui de nos familles, et sur les espérances qu’on peut placer dans l’aventure humaine. Pourtant, on a le sentiment que l’inverse prend le dessus.

Le soin de notre atmosphère et de notre climat butte régulièrement sur nos pleins de carburant. Les vertigineux déséquilibres économiques planétaires interdisent l’accès à la médecine moderne pour des milliards d’êtres humains. Certains risquent leur vie pour aller travailler là où les salaires et les infrastructures leur permettraient de réparer cette injustice. Ces alertes quotidiennes et souvent tragiques devraient nous conduire à placer le rééquilibrage économique du monde en priorité majeure. On voit au contraire les cœurs et les frontières se hérisser de barbelés : advienne que pourra ! Chaque jour, on peut lire des analyses indiscutables montrant que l’économie mondiale est menacée par des bulles financières aussi fragiles que monstrueuses, menaçant tout le fonctionnement des économies par lesquelles nous produisons ce qu’il nous faut pour vivre. Que faire ? Des cantons moins décisifs de notre vie commune sont eux aussi touchés. Nous contemplons avec le sourire le déluge d’argent qui s’abat sur des loisirs populaires comme le football. Nous voyons déjà qu’entre les clubs friqués et les autres, le match est joué avant le premier coup de sifflet. A terme, cette folie tuera le jeu et le plaisir partagé qu’il nous donne. Qu’à cela ne tienne… Panem et circenses !

Notre citoyenneté, notre démocratie perdent leur sens si nous ne les pensons pas dans le temps, si elles n’incluent pas l’intérêt de nos enfants, de nos petits-enfants, le nôtre propre qui désormais vivons longtemps, si nous ne faisons pas communauté avec l’avenir. La colère peut être bonne pour l’énergie qu’elle libère contre les injustices qui la provoquent. À elle seule, elle peut aussi accélérer le naufrage. Reconstruire une citoyenneté du long terme ? On essaye d’y penser en se souhaitant une bonne année 2019 ?

Article publié le 4 janvier 2019.

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