Parole citoyenne

Jours fériés, joie partagée

Nous entrons dans ce qu’il est convenu d’appeler “la période des fêtes”. Deux fêtes : l’une, Noël, est le souvenir d’un événement religieux, la naissance de Jésus de Nazareth, Messie des chrétiens ; l’autre est profane, jour de l’an placé approximativement au moment où dans l’hémisphère nord, les jours commencent à rallonger. Les deux sont “fériées”. Ces jours là, une antique tradition veut qu’on ne consacre pas ses forces à travailler pour assurer sa subsistance. Les religions accordent même un caractère sacré à cette institution qui suspend momentanément le travail et la reproduction de nos moyens d’existence matériels (un des sens du mot “économie”).

Ainsi, durant les jours fériés, pour la plupart d’entre nous, notre temps ne peut ni être vendu, ni être acheté. Cette consécration d’une part inaliénable de notre temps et de notre activité est un important symbole. Elle nous rappelle qu’il est bon de ne pas assujettir la totalité de notre activité à gagner de l’argent. Et que fait-on ces jours là ? On fait la fête. La fête aussi nous dit quelque chose d’essentiel sur notre façon de construire ensemble notre société, notre humanité. On ne fait pas la fête seul devant un bol de caviar. On la fait à plusieurs, ensemble, souvent autour d’un plat partagé. L’argent n’est pas absent de la fête. Le plat est plus ou moins copieux, plus ou moins riche selon les moyens de chacun. Mais nous savons tous aussi qu’on fait la fête partout, y compris dans les sociétés les plus démunies en biens matériels, que partout on y partage de la joie.

Gratuité du temps, joie partagée… Ces petites lumières qui s’égrainent de mois en mois en souvenir d’événements lointains vécus comme portant du sens – le sens n’a pas de prix – sont en partie rattrapées par l’argent, par la furie consumériste qui ligote nos imaginaires à l’idée que le toujours plus est la clef du bien-être. Cette inépuisable matrice à frustration, nos fêtes ne s’en libéreront pas de sitôt. N’est-il pas sage néanmoins de faire en sorte qu’elle ne profane pas de part en part la joie de fêter ensemble ?

Bonnes fêtes !

Article publié le 4 décembre 2018.

Share This Post On