Parole citoyenne

Vers la fin du “toujours plus”

On a longtemps pensé le progrès de l’humanité et de la vie sociale sous la forme de l’accumulation : toujours plus de consommation, de vitesse, d’énergie dépensée, de kilomètres parcourus… Face à l’obsession de ce progrès cumulatif qui reste encore si présente dans nos esprits et nos désirs, deux urgences de notre temps donnent l’alerte.

Urgence écologique : depuis des décennies, les sociétés les plus riches de la planète, dont est la société française, consomment davantage de biens que notre Terre peut en dispenser. Le climat se dérègle. L’avenir de nos enfants s’assombrit. Sommes-nous en train de mettre, nous-mêmes, fin à l’aventure humaine ? Ce n’est plus impensable.

L’autre urgence est le déséquilibre vertigineux entre les pôles géographiques où s’accumulent la richesse et les sociétés où l’on meurt encore devant les pharmacies de maladies soignables, où la faim guette les familles à chaque mauvaise récolte, où des millions d’enfants sont privés d’école… Nous voyons à nos frontières maritimes ou terrestre les effets tragiques de ces déséquilibres : noyés par dizaines de milliers en Méditerranée ; personnes vendues comme esclaves en Lybie ; jeunes gens qui meurent de froid en tentant de traverser les Alpes ; sans compter le racisme dont se payent trop souvent ces errances planétaires.

Deux urgences, deux chantiers. Notre citoyenneté est sollicitée sans délai pour changer ce désordre du monde, désordre qui peut déboucher, on le voit bien, sur des déchaînements de misère, de violence, et même sur la multiplication de catastrophes climatiques sans parade possible. Même si ces questions s’enracinent dans le passé, elles se posent aujourd’hui à nouveaux frais. Elles sollicitent notre imagination, notre volonté citoyennes. Elles concernent nos lois, les accords internationaux, mais aussi nos comportements quotidiens et nos convictions profondes. Reconstruction de l’harmonie avec la nature ? Répartition équitable de la richesse entre toutes les sociétés humaines ? Il est possible d’en faire une passionnante étape de l’histoire humaine. Ou non.

Article publié le 31 mai 2018.

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