Parole citoyenne

“Ma” rue, “ma” planète

De la voie sur laquelle nous habitons, nous disons tout naturellement “c’est ma rue”. Même si l’adjectif possessif que nous employons ici – “ma” rue – est partagé avec nos voisins, ce n’est pas un abus de langage. En effet, cet espace public, nous nous l’approprions de cent façons. En l’observant depuis notre fenêtre. En y garant notre automobile. En le parcourant pour aller faire nos courses, déposer nos enfants à l’école, faire les cent pas ou tout simplement prendre l’air.

La façon dont “ma” rue m’appartient est partagée. Elle est aussi une forme douce et respectueuse d’appropriation. Le droit romain définit la propriété privée comme le droit d’user, d’abuser et de tirer profit – usus, abusus et fructus – de ce qui nous appartient. Je peux à ma guise détruire une table qui est à moi. Je peux louer un bien immobilier dont je suis propriétaire ou tirer profit de l’heure de travail que j’ai achetée à mon ouvrier. Mais la façon dont “ma” rue est à moi exclut l’abusus et le fructus. Je ne peux y faire des trous si l’envie m’en prend. Je ne peux pas non plus imposer un péage aux passants. Propriété d’usage, de bon usage. C’est tout et c’est doux.

L’accès à “ma” rue est gratuit. Mais il a fallu de l’argent pour l’aménager et son entretien a un coût. Cet argent a pour l’essentiel été réuni sous la forme d’une cotisation calculée non sur le décompte des pas que j’y fais, mais proportionnellement à mes revenus, l’impôt. L’existence et l’efficacité de “ma” rue ont été considérées comme d’utilité publique. Directement utile pour moi et ma famille qui y habitons. Utile pour la fluidité des liens sociaux, affectifs, commerciaux, économiques, sportifs, politiques qui en ont l’usage.

La part de la richesse que nous produisons par notre travail et qui est ainsi mise solidairement à notre disposition est considérable. Les abus sont possibles. Ils existent. Mais en gros, nous avons tous hérité du logiciel interne qui nous permet de nous en servir de façon responsable et fraternelle. Certes, ces bonnes habitudes entrent souvent en conflit avec les réflexes dont s’entoure la propriété privée, avec l’esprit de consommation voire de cupidité. Elles sont néanmoins au cœur d’enjeux décisif. Par exemple le soin de notre Terre, face à la menace d’une apocalypse climatique à la suite de quoi il n’y aurait plus personne pour dire “ma” planète. Nous avons l’expérience de gérer une part de nos richesses de façon fraternelle et solidaire. Cultivons ces savoir-faire.

Vue aérienne de Fontenay-sous-Bois

Images Landsat – Copernicus © 2018 Google

Article publié le 3 avril 2018.

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