Parole citoyenne

Réussir la paix

1918-2018. Il y a cent ans, une des paix les plus paradoxales de l’histoire met fin à la terrifiante boucherie fratricide de ce qu’on a appelé la Première guerre mondiale. Le soulagement vient d’abord. Mais l’inquiétude monte peu après. Les conditions de la capitulation imposée à l’Allemagne sont tellement cruelles, tellement humiliantes, les frustrations sont si fortes qu’un régime aux méthodes et au projet proprement terroriste s’empare de ce pays de vieille civilisation et replonge le monde dans une apocalypse qui surpasse l’horreur des tranchées de 14-18. Paix ratée.

Contrairement au nom qu’on lui a donné, la guerre de 14-18 n’est pas la “Première guerre mondiale”. Ni première, ni mondiale. Certes, elle entraîne des colonies qui n’en peuvent mais et en fin de course des alliés d’au delà des mers. Mais la première, la vraie guerre mondiale est celle qui commence à la fin du XVe siècle et par laquelle quelques nations d’Europe occidentale, dont la France, vont assujettir la totalité de la planète. Guerre de 500 ans. L’effondrement du nazisme et la puissance des idéaux de liberté qui l’ont abattu mettent fin à cette domination. La Chine fait sa révolution. L’Inde prend son indépendance. Puis c’est le tour de l’Afrique… Un nouveau monde, pluriel, fait de civilisations différentes qui aspirent à l’autonomie et à l’égalité, commence à se dessiner. Cependant, les plaies et les cicatrices de la guerre de 500 ans sont toujours là. Des déséquilibres économiques et sociaux vertigineux subsistent. Pays pauvres/pays riches. Nantis et démunis.

2018. Nous sommes au bord d’une paix possible. C’est paisiblement que quelques grands pays construisent leur participation autonome au destin du monde. Nous voyons bien également que les frustrations persistantes peuvent, comme au temps du nazisme, provoquer le chaos du terrorisme aveugle. Notre génération a la haute responsabilité civique de balayer les débris de la domination, de construire une paix mondiale amicale et durable qui n’ira pas sans justice ni fraternité. Une paix qui permettra à chacun de bénéficier des avancées de la médecine, à Bamako comme à Paris, qui ouvrira l’immense dépôt des connaissances accumulées aux étudiants de New York comme à ceux de Kaboul, une paix grâce à laquelle la Méditerranée cessera d’être un cimetière et où la mauvaise herbe du racisme ne trouvera plus nulle part la sève nécessaire à sa survie.

Bonne année 2018.

Article publié le 3 janvier 2018.

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