Parole citoyenne

Le droit à l’alternative

Nous vivons dans un temps où l’opinion dominante est que le marché et la forme capitaliste de la production sont indépassables, qu’en dépit de leurs défaillances, ils constituent la meilleure manière de produire et de répartir les richesses dont nous avons besoin pour vivre. Cette opinion se traduit obstinément dans les urnes en dégageant des majorités politiques qui la partage, de droite comme de gauche. Sa légitimité démocratique est incontestable. Elle est une vision du monde qui a, comme les autres, le droit de s’exprimer.

Ce qui l’est moins, c’est qu’elle s’accompagne souvent d’intimidations, comme si l’opinion contraire, celle qui pense que l’alternative est possible et souhaitable, serait absurde, imbécile, utopique, illégitime. On entend souvent dire, par exemple, que ce qui n’est pas évalué par un tarif “ne vaut rien”, comme si les nombreuses inventions sociales ou politiques qui instaurent la gratuité d’accès à certains biens – école publique, remboursement des médicaments, accès à l’espace public, éclairage urbain – n’existaient pas. Sans parler de ce qui fonde le sens de nos vies et qui est “sans prix” : l’amour, la rencontre, l’échange amical, etc.

Ces réalités sont pourtant de nature à donner beaucoup de tonicité à nos débats citoyens. L’échange d’arguments entre ceux qui croient sincèrement que l’ordre actuel est la fin de l’histoire et ceux qui pensent avec la même sincérité qu’on peut le dépasser touche au cœur de la citoyenneté démocratique, qui fait de nous, le peuple, le souverain de notre destinée politique. C’est donc pour des raisons politiques – dans quelle société voulons nous vivre ? – que doit s’engager le débat citoyen. Non sur l’idée que nos choix seraient la vérité de l’histoire. Ni dans un sens, ni dans l’autre.

Article publié le 5 octobre 2017.

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