Parole citoyenne

Nos concitoyens les merles

Au printemps et au début de l’été, la proximité du bois de Vincennes, le grand nombre de jardins publics ou privés et peut-être la bonne réputation des Fontenaysiens attirent dans l’air ambiant une symphonie de sifflements mélodieux. Nos concitoyens les merles nous rappellent, à nous les humains qui sommes si facilement bougons, le plaisir de vivre, la joie d’observer le matin la lumière qui monte dans le ciel, puis la douceur de nous reposer sous la ramée des ardeurs du soleil. Dans le milieu “merle”, les garçons sont noirs. Mais pas de racisme. Les filles, plutôt auburn, aiment le plumage de jais dont se parent leurs compagnons et ils font ensemble des enfants de teinte indéterminée qu’ils nourrissent avec un acharnement parental indifférent aux pubs des supermarchés comme à la vertu des restaus du cœur.

Observez la façon dont ces oiseaux familiers regardent le monde. Ils ne posent pas de mots dessus. Ils regardent seulement, atteignant sans peine les sommets que les mystiques chrétiens, bouddhistes, soufis ou même athées nomment “contemplation” et auxquels les humains n’accèdent qu’au bout d’exercices spirituels arides et répétés. Les merles, on dirait que le monde les envahit, l’appétit du monde, le désir, parfois la frayeur, peut-être l’émerveillement. Ils ne sont pas seuls à nous dire ça. Les chiens, les chats, les poissons rouges, pour certains les furets, les écureuils étonnés, les oies sauvage du lac des Minimes ou les mésanges aventurées sur nos balcons regardent de ce regard qui nous habite nous aussi, parfois, furtivement, ce regard entièrement absorbé par le présent.

Au fond, sans ce regard qui nous réunit à la grande famille animale, pourquoi irions-nous voter, pourquoi nous enflammerions-nous pour défendre nos idées sur la société. Si nous n’avions pas goûté, même quelques secondes seulement, cette communion avec l’intensité des choses, comment pourrions-nous critiquer ce qui nous en prive ou nous en distrait : la pauvreté, l’injustice, l’oppression, la discorde… Et si le chant de nos concitoyens les merles nous aide à reconstituer le sens de nos existences et à nous souvenir que la vie mérite d’être célébrée, prenons le comme une bonne nouvelle. Et tendons l’oreille !

Article publié le 31 mai 2017.

Share This Post On