Parole citoyenne

Les mathématiques, le logiciel libre
et la liberté d’inventer le monde

Les mathématiques sont une des sciences les plus accomplies, les plus ouvertes à l’innovation, les plus utilisées, les plus répandues qui soient. Chacun en use. Chacun en hérite, au moins pour ce qui concerne l’arithmétique élémentaire. Cet édifice intellectuel multimillénaire est un bien commun de l’humanité qu’aucun brevet n’est jamais parvenu à emprisonner. Pas de copyright pour les équations, sans qu’on ait appris que les grands mathématiciens mendient dans les rues pour se nourrir. Toute personne qui ajoute aux mathématiques le fait pour tous. Tout enfant qui naît est potentiellement “propriétaire” légitime de l’immense corpus.

Le logiciel libre réinvente cette façon très particulière de coopérer, de produire ensemble un bien utile, de se le partager. Dans un des champs les plus prospectifs de l’économie contemporaine, il bat en brèche les dogmes de la concurrence de tous contre tous, de l’appât du gain comme unique motivation, de la marchandisation comme horizon de l’humanité. Potentiellement, il est en mesure d’assurer les services aujourd’hui cornaqués par les puissances économiques du secteur. Et les milliards d’usagers des réseaux sociaux – qui depuis quelques années changent en profondeur les formes de la socialisation humaine – sont fondés à se demander si les usages d’innovations comme Facebook, Twitter ou Whatsapp ne seraient pas mieux servis sous les formes d’appropriation et d’élaboration du “libre”, que dans leur forme actuelle de sociétés capitalistes qui enrichissent leurs propriétaires hors de toute raison.

La bonne nouvelle, c’est que cette échappée est pensable, techniquement possible, qu’à leur échelle, les réseaux du logiciel libre s’y ébattent déjà, que l’imagination citoyenne peut donc se libérer du corset idéologique qu’on lui présente comme indépassable. Nous pourrions donc continuer à inventer le monde ? Nous ne serions plus sujets d’un ordre social présenté comme la nature des choses, mais citoyens d’une société imaginée pour nous et par nous ? Gageons que l’univers numérique n’est pas la seule brèche possible et que la liberté citoyenne trouvera d’autres pistes d’envol.

Article publié le 30 janvier 2017.

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