Parole citoyenne

Le boniment contre la démocratie

Le boniment commercial et son stade suprême, le système publicitaire, ne sont pas faits pour informer, mais pour séduire. Une femme au corps de rêve récurant dans l’allégresse une cuisine étincelante de soixante mètres carrés ne signifie pas que l’achat de tel détergent élargira nos murs, rajeunira nos corps ou transformera les tâches ménagères en partie de plaisir. L’image a une vocation hypnotique. Elle est construite pour inscrire dans nos esprits un automatisme qui fera tomber comme par enchantement ledit détergent depuis le rayon d’hypermarché jusque dans notre caddy. L’image n’est pas faite pour élargir notre liberté, mais pour l’étourdir et pour la contrôler. Un détergent de qualité supérieure, mais sans budget publicitaire conséquent, n’a statistiquement aucune chance de se faire une place sur le marché qui marche.

Problème : la communication publicitaire est désormais le modèle suivi par les grandes écuries politiques pour imprimer leurs messages dans les têtes de telle sorte que le maximum d’électeurs vote “sans y penser” pour le “produit” qu’elle cherche à leur “vendre”. Petites phrases, opérations de “com”, raccourcis de pensée en 140 signes et promesses censées être le scan de nos appétits supposés remplacent peu à peu le travail de l’esprit qui conduit un peuple à choisir librement son destin. La désertion des urnes est une des réponses qu’on voit monter face à ces clowneries. La soumission au message le plus immédiatement conforme à notre appétit du moment en est une autre. Mais réfléchir ensemble à notre destin commun ? Travailler ensemble nos idées et nos vœux ? Les confronter, les modifier si la raison, le cœur ou la fraternité républicaine le demandent ? Inventer un monde plus habitable plutôt que de vivre notre existence sociale comme une universelle course à l’échalote ? On fait comment ? Dans les mois qui viennent, notre peuple et ceux qui aspirent à conduire son État seront placés devant la responsabilité de résister aux jeux de l’hypnose et de leur préférer le travail de la pensée. Une responsabilité à laquelle un par un, une par une, nous aurons tous et toutes à donner une réponse dont dépend en partie le sort de la nation.

Article publié le 3 janvier 2017.

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