Pixiflore : une exposition en “pleine terre”

Retour sur… l’exposition Secrets de plantes

La terre a jailli de sous le parquet de la salle d’expo ! Un éboulis, une fracture, un soulèvement tectonique, d’où émergent des graminées, des arbustes, des mottes, des cailloux, … un dispositif original choisi par Loïc Jugue pour valoriser la nature dans tous ses états … Une première dans cette salle immense de la Maison du Citoyen qui reçoit périodiquement les œuvres d’artistes “locaux” (appellation qui ne préjuge en rien de leur valeur, bien au contraire !). Dire que Loïc Jugue aime la nature est un euphémisme, il l’adore, il la vénère, il la protège, il en parle comme personne à tout le monde et particulièrement sur le site de l’association que vous me ferez le plaisir d’aller visiter … c’est très pédagogique, gratuit, vivant, innovant … et sans pub !

BàO : C’est quoi la nature de Loïc Jugue au fait ? Loïc : La nature pour moi c’est depuis tout gosse , … je vivais en Corse, je parcourais le maquis … puis je suis devenu urbain comme beaucoup … plus tard j’ai décidé d’accentuer mon engagement envers la nature … dépasser ce qui apparaît comme un décor (La nature est un temple où de vivants piliers … Baudelaire) pour m’engager, en autodidacte, dans un apprentissage plus rigoureux, par les livres, la recherche, l’expérience … tenter de tutoyer la nature en somme … avec ma compagne Caroline Lahmek (médecin phytothérapeute, présidente de l’association) on a décidé de faire partager cet engouement … Pixiflore est née de là : Pour bien aimer la nature il faut la comprendre … plus on la comprend, plus on l’aime ! Pour nous, la notion d’environnement toxique (les polluants / le nucléaire / les ondes) et la connaissance de la nature (flore, système du vivant …) vont de pair.

Loïc Jugue a développé une passion pour la botanique, “la loupe de l’esprit”, … on ne voit bien les choses qu’en les nommant, on discerne leurs infimes particularités, leur fonctionnement, l’agencement du vivant … la connaissance permet de “voir” selon Loïc, et de resituer humblement notre civilisation sur l’échiquier de l’univers … “civilisation qui disparaitra forcément … souhaitons qu’elle fasse le moins de dégâts possibles d’ici là …”

BàO : Il y a donc un aspect militant dans cette démarche ?… Comment vous situez-vous par rapport à l’écologie, le bio ? Loïc : Oui, je l’assume complètement … par cette démarche de connaissance nous militons pour la protection de la nature … les connaissances que j’ai acquises m’ont permis de mesurer la fragilité du système du vivant … à titre d’exemple … les champs cultivés sont devenus des “champs de guerre” … tout ce qui n’est pas utile est éradiqué … en Beauce par exemple il n’y a plus d’insectes, en 13 ans, 20 % des oiseaux ont disparu en Île-de-France … c’est dangereux aujourd’hui de vivre à coté d’un champ de maïs ! La salade par exemple … produit des plus innocent s’il en est … (même les escargots se méfient pas !) est un des végétaux les plus pollués car elle est très sollicitée par les larves donc soumise à l’acharnement du chimique !

BàO : Est-ce que les choses ont changé avec l’apparition du bio, des labels ?

Loïc : Les choses changent mais pas “par le haut” comme on dit … c’est la prise de conscience des gens, effective aujourd’hui qui garantit l’évolution vers de nouvelles pratiques. La consommation bio, les critères de production recadrés, … toujours pareil … quand on tape au porte feuille des multinationales … le client commence à regarder d’où ça vient, comment c’est cultivé, les adjuvants écrits en tout petit sous l’astérisque … ça change la donne !

Mais c’est la base qui fait bouger les lignes … le politique, même s’il est convaincu, n’a pas beaucoup de marge de manœuvre … le lobbying est terrible à ce niveau … Le vrai changement vient du consommateur, c’est lui qui garde les clés du système …

Loïc Jugue est plasticien, scénographe … l’exposition de Fontenay-sous-Bois révèle sa “nature” profonde … le dispositif restitue un après-midi calme et tranquille au bord de l’eau. On s’installerait sur le tronc avec un bouquin, dans ce sous-bois reconstitué, parmi des carex, l’érable, (évitez les ronces et autres orties !) alanguis sous une douche sonore façon “zen de la fougère”.

Une concession au numérique cependant …  sont “implantés” des éléments contemporains : une télévision et un ordinateur qui diffuse le Webmag de Pixiflore*“Je voudrais remercier tout spécialement le Service des Espaces Verts de la Ville de Fontenay-sous-Bois qui m’a accompagné dans cette exposition. Les jardiniers ont réalisé la décoration florale. Ainsi que la Direction de la Communication pour son soutien”. Ben voilà, c’est dit !

Sur les murs, des photos grands formats de Loïc : des sauges offertes dans toutes leurs splendeurs, trésors végétaux qui suscitent l’émerveillement … ici aussi on retrace l’histoire de la perception … ce qu’on voit, ce qu’on sait, ce qu’on ignore … Le webmag de Pixiflore vous en apprendra bien plus encore, c’est étonnant de savoir ce que dit de nous un carré de terre sauvage … Coursy vite, coursy vite. Le bonheur est dans le pré, coursy vite. Il va filer…

* www.pixiflore.com : magazine internet de l’association Pixiflore.
Propos recueillis par Patrice Cazelles pour BàO webZine

Article publié le 6 octobre 2016.

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