Parole citoyenne

Interdépendances citoyennes

Nous naissons tous bébés. Nous naissons tous personnes humaines. Nous naissons tous extrêmement dépendants. Nous naissons tous d’autres personnes qui, le plus souvent, réparent notre dépendance par leur amour, leurs soins, leur travail, leurs bras qui nous soulèvent et nous donnent notre place dans la vie humaine, dans la vie sociale. Nous espérons généralement mourir vieux, aller jusqu’à ces âges où nos forces faiblissent, ce temps de la vie où notre expérience est en mesure d’enrichir ceux qui nous entourent, mais où leur soutien nous est bien utile.

Notre existence, quand elle n’est pas prématurément interrompue, nous fait régulièrement rencontrer des écueils : la maladie, les aléas de la vie professionnelle, ceux de l’amour, la pauvreté parfois. Qui peut aujourd’hui être certain de ne jamais perdre son travail, son logement, son salaire ? Nous avons besoin les uns des autres et nous avons su inventer de magnifiques outils pour gérer ensemble, solidairement, ces inévitables interdépendances. L’assurance maladie, l’école gratuite, les crèches, les allocations chômage, le droit du travail et tant d’autres innovations politiques nous rappellent que nous constituons une société d’êtres humains et non une jungle de bêtes sauvages.

Une plaie profonde imprime cependant une pesante boiterie à notre société. Aujourd’hui, de quelle solidarité la société entoure-t-elle ses enfants, ses jeunes ? Logements inabordables ? Formations bouchées ? Salaires indigents ? Stages sans fin ? Racisme ? Ce sont eux pourtant qui paieront les retraites et assureront ainsi une interdépendance vivable à leurs anciens. Une société qui accueille mal sa jeunesse se détruit. On fait quoi ? On reconstruit nos interdépendances citoyennes ?

Article publié le 11 avril 2016.

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