Parole citoyenne

L’effort de démocratie

La démocratie repose sur trois piliers. Le premier est le caractère démocratique des institutions. Elles doivent préserver la liberté, la liberté d’expression notamment. Elles doivent être constituées de telle sorte que nul ne puisse confisquer le pouvoir politique. C’est, dans notre tradition, le principe de la séparation des pouvoirs. Il y a eu souvent dans l’histoire, il y a aujourd’hui encore des dictatures consacrées par le suffrage universel.

Le second pilier est constitué par le mode de désignation des personnes à qui est confiée la conduite de l’État. À l’origine de la démocratie occidentale, dans l’Athènes antique, c’est le tirage au sort qui assurait l’égalité de tous devant les responsabilités publiques et la rotation des charges. Aujourd’hui, le suffrage majoritaire l’a presque partout emporté. Mais le respect des vœux de la majorité ne suffit par à faire une société démocratique. Si c’était le cas, on pourrait gouverner par sondages et économiser les frais liés à l’élection.

Le troisième pilier consiste dans ce qu’on pourrait nommer “l’effort de démocratie”. Placé devant une question où se jouent les règles de la vie commune, l’esprit démocratique ne se contente pas, comme dans un sondage, d’exprimer l’idée qui lui passe par la tête. Il interroge le problème qui se pose à la société. Il se laisse interroger par lui. Il le confronte avec l’avis des autres. Il se demande honnêtement, rationnellement si son point de vue spontané peut s’accorder avec l’intérêt général. Il modifie sa position initiale si des arguments suffisants mettent en cause ses premiers réflexes.

Cette haute fonction puise son carburant dans la dignité humaine, la solidarité qui nous oblige – nous ne vivons pas seuls, nous ne pouvons pas vivre seuls – à la conscience citoyenne.

La tentation est forte, pour les gouvernants, de justifier leurs choix en invoquant l’état momentané de l’opinion, hors de tout vrai débat, hors de tout échange citoyen, hors de tout “effort de démocratie”. Cette tentation a pour nom “populisme”. Y résister est un enjeu démocratique crucial, si l’on veut que notre vie politique ne se transforme pas en joutes publicitaires entre écuries électorales en quête de gogos consentants, si l’on veut qu’elle reste un espace de confrontation pacifique, constructive et sincère où chacun a son mot à dire.

Là est peut-être le succès de la faveur que connaît, à Fontenay, le grand chaudron d’idées et d’actions citoyennes qu’est la Maison du Citoyen et de la Vie Associative. Poursuivons l’effort.

Article publié le 8 février 2016.

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