Zoom sur… l’association Solidarité Batoto

À Fontenay la solidarité se décline aussi à l’International…  Un mois après la Quinzaine de la Solidarité internationale, focus sur une association qui développe un projet en République Démocratique du Congo. Entretien avec la présidente de l’association Solidarité Batoto, madame Laura Lingomba.

BàO : Quel est le but de l’association Solidarité Batoto ? Depuis combien de temps existe-t-elle ?

Laura Lingomba : Solidarité Batoto France-Congo est une jeune association de droit français créée en octobre 2010. Elle apporte un soutien aux femmes primo-arrivantes en France qui rencontrent des difficultés d’ordre familial et propose des activités culturelles : danses africaines et peinture avec l’exposition des œuvres d’art des artistes congolais (activités en suspens). En République Démocratique du Congo plus précisément, elle mène des actions au profit de jeunes parents des rues, en particulier les jeunes filles-mères et leurs enfants.

BàO : Quelles ont été les motivations qui vous ont poussé à vous investir dans ce projet associatif ?

Laura Lingomba : D’après le nom de notre association “Solidarité Batoto France-Congo” qui signifie solidarité entre les enfants de France et du Congo, nous voulions établir un pont entre les enfants de ces deux pays pour partager leur culture, leur histoire etc. Mais en travaillant sur le projet nous avons été confrontés à la réalité et l’ampleur du phénomène des enfants de la rue à Kinshasa, d’où l’idée de ce projet de centre de réinsertion et socialisation pour les filles et filles-mères en situation de rue, afin de freiner ce phénomène et de lutter contre la violence faite aux enfants et leur abandon dans la rue.

BàO : Quelle est la situation politique et sociale  aujourd’hui en République Démocratique du Congo et particulièrement à Kinshasa ?

Laura Lingomba : La situation politique est assez stable, les élections présidentielles et législatives sont prévues en 2016. La République Démocratique du Congo figure aujourd’hui parmi les pays les plus pauvres au monde, 80 % de sa population vit dans une extrême pauvreté, avec moins de 1 € par jour, poussant ainsi des milliers d’enfants à vivre dans la rue. L’Unicef estime que 30 000 enfants vivent dans la rue en République Démocratique du Congo, majoritairement dans la capitale, Kinshasa. Parmi ces enfants sans ressources, les filles sont de plus en plus nombreuses : elles représentaient 44 % des enfants de rue recensés en 2010. La majeure partie d’entre elles sont victimes de violences et agressions sexuelles ; beaucoup se tournent vers la prostitution pour survivre, ce qui donne très souvent lieu à des grossesses non désirées et par la suite à des abandons dans la rue. Ces “filles–mères” souvent très jeunes, âgées de 11 à 15 ans, n’ont connu que la rue comme espace social.

BàO : Pouvez-vous nous expliquer le projet que vous menez actuellement à Kinshasa ?

Laura Lingomba : Par ailleurs, si les familles monoparentales (filles-mères) constituent une part non négligeable de la population des rues, de plus en plus de familles dites “classiques” n’ont connu que la rue comme espace social, les parents nés dans la rue, donnant à leur tour naissance à des enfants dans les mêmes conditions de vie. Nous assistons donc aujourd’hui à la troisième génération d’enfants nés dans la rue.
En outre, force est de constater que les structures d’accueil pour les enfants des rues et les jeunes parents sont trop peu nombreuses en République Démocratique du Congo pour freiner ce phénomène. Face à ce constat, Solidarité Batoto France-Congo a décidé de mener à bien un projet de construction d’une maison d’accueil et de socialisation pour jeunes enfants et jeunes parents de la rue. Ceci passera par la prise en charge et l’accompagnement des jeunes filles-mères et jeunes familles en situation de rue de Kinshasa afin de favoriser la protection des enfants en bas âge.
Le projet se déroule en deux grandes phases : premièrement, la construction de la maison, son équipement et sa mise en fonction et deuxièmement la prise en charge des jeunes enfants des rues et leurs parents dans la maison d’accueil  qui sera un espace sécurisant et protecteur, un lieu pour renforcer les liens mère et enfants afin d’écarter tout risque de séparation. La maison d’accueil proposera également un hébergement transitoire aux jeunes-filles de la rue enceintes et à celles venant de donner naissance. Ces filles bénéficieront d’un accompagnement vers la réinsertion socio-économique pour ce faire, elles seront orientées vers les structures partenaires.

BàO : Aujourd’hui ce projet est passé dans sa phase de réalisation concrète, où en est–il ?

Laura Lingomba : Ce projet entre dans la fin de sa première phase, nous sommes à la fin des gros œuvres et entamons la fin des travaux de la maison.

BàO : Dans quelques jours vous allez vous rendre sur place, quel est le but de ce voyage ?

Laura Lingomba : Ce voyage a pour but de préparer le lancement des activités cet été ; le recrutement du personnel, la mise en fonction de la maison.

BàO : Avez-vous rencontrédes difficultés ? Avez-vous rencontré des facilitateurs pour la réalisation de votre projet ?

Laura Lingomba : Bien sûr que nous avons au début rencontré des difficultés d’ordre administratif, pour les documents par rapport aux délais, mais aussi pour trouver des subventions. Heureusement, nous avons eu par la suite des partenaires qui  nous  ont soutenu, à commencer par la ville de Fontenay-sous-Bois que nous remercions pour son soutien technique et financier, le Conseil Départemental du Val-de-Marne, la Région Île de France ainsi que notre partenaire historique les Apprentis d’Auteuil qui nous accompagne et nous soutient depuis le début de ce projet.

BàO : Quel est la suite prévue ?

Laura Lingomba : Nous prévoyons l’ouverture de la maison cet été avec l’inauguration à la rentrée 2016.

Article publié le 6 janvier 2016.

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