Parole citoyenne

On est ensemble

La France n’est plus un empire. Son rayonnement ne tient plus à sa domination sur d’autres peuples, si toutefois une telle domination peut être considérée comme un motif de rayonnement. La France continue à porter pourtant, et peut-être davantage encore, sa puissance singularité, ses paysages qui ont façonné nos souvenirs, son apport à l’émancipation politique qui fut source d’inspiration pour ceux même que le pouvoir colonial avait assujettis, ses arts, sa haute contribution au progrès scientifique et technique. C’est notre héritage.

Parmi les grands chantiers qui se présentent à nous, il en est un qui est particulièrement enthousiasmant et qui plonge loin ses racines dans notre histoire. C’est le dépassement du racisme et des discriminations. Nous ne partons pas de rien. En 1794, la République française abolit l’esclavage dans ses colonies. Tous les esclaves africains mâles deviennent immédiatement citoyens français, électeurs et éligibles, avec les mêmes droits et les mêmes obligations que leurs concitoyens mâles de métropole. Pour les femmes, ça viendra plus tard, beaucoup plus tard, mais c’est la même inspiration. Notre pays est celui d’Europe où l’on se marie le plus sans considération de race ou d’origine. Nous faisons chaque jour, aux sorties d’école, dans les relations amicales ou familiales, l’expérience de relations humaines débarrassées des traces d’une histoire de domination dépassée et néfaste.

Pourtant, nous ne sommes pas égaux face aux préjugés, au racisme, aux discriminations. Certains d’entre nous en subissent directement l’amertume. Certes, chacun doit jouer sa partie dans la construction de l’égalité : les républicains qui sont victimes de discriminations comme les autres. Cependant, ceux qui vivent le racisme en direct parce qu’ils ont la peau noire, un patronyme à consonance arabe, juive, asiatique, ou parce qu’ils partagent la foi musulmane tiennent une place particulière dans la mission historique de donner sa plénitude au projet républicain, de le nettoyer des plaies et des boiteries que l’histoire lui a infligées. Il est donc décisif pour l’avenir de l’idée républicaine que soit reconnue sans détour et sans arrière-pensée leur pleine légitimité à constituer avec les autres le peuple souverain. Et il est juste qu’ils reçoivent la reconnaissance de leurs concitoyens pour leur engagement spécifique en faveur d’une France fraternelle. Quand les uns et les autres auront accompli ensemble cette tâche historique, on parlera une nouvelle fois de la France comme d’une inspiration pour les autres peuples sans qu’elle ait pour cela besoin de s’imposer par la force. Et tous, nous vivrons mieux.

Article publié le 6 janvier 2016.

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