Parole citoyenne

La violence

Le 13 novembre dernier, une violence brutale, inouïe, insensée, une violence explicitement ennemie s’est déchaînée contre des personnes qui se trouvaient là. Parce qu’elles étaient françaises. Parce qu’elles étaient en France. Parce que les atteindre, c’était porter atteinte à la République française.
La violence répressive, la violence protectrice ont été la première réponse des institutions de la République, la réponse de première urgence. Sa police, son armée ont mis hors d’état de nuire la plupart des sanguinaires. Le centre même de l’entreprise ennemie, là d’où partent les ordres criminels, a été frappé et continuera de l’être. Mais contrairement au dessein délirant des attaquants, la violence de la République attaquée est subordonnée à la volonté de rétablir la paix, d’assurer les équilibres politiques et sociaux qui permettent la libre joie de vivre, la libre rencontre, le libre débat. Vaincre les tueurs ne suffit pas. Il faut aussi vaincre sa peur et sa colère, s’attacher sans tarder à rétablir ces équilibres et à tarir les sources de la violence sanguinaire.

Il serait trop rapide d’accuser “la société” d’être la responsable de ces monstruosités et d’exonérer ainsi la volonté des furieux qui les ont décidées et actionnées. Mais chacun sait bien que la rage, constructive ou criminelle, pousse sur les injustices, les frustrations, le mépris, les discriminations. En même temps que s’est affirmé le courage des hommes et des femmes en armes qui ont affronté les assaillants, la conscience citoyenne, la raison civique sont convoquées pour colmater les failles par lesquelles a surgi le volcan. C’est une urgence aussi, un état d’urgence social que ne doit pas occulter l’état d’urgence sécuritaire. La tentation de répondre à la rage par la rage, de laisser libre cours au racisme, à l’arbitraire, à une violence d’État îvre d’elle-même peut l’emporter. Elle emporterait la République.

La puissance de la liberté, de l’égalité, de la fraternité ne se déploiera que si elle est portée par le plus grand nombre, concrètement, quotidiennement, attentivement, dans nos rencontres, nos débats, notre réflexion personnelle, nos engagements sociaux ou politiques. Alors, la furie terroriste aura perdu la partie.

Comme partout en France, une minute de silence a eu lieu à Fontenay, le 16 novembre, en mémoire des victimes des attentats.

Photo du journal municipal À Fontenay
Illustration Pray for Paris de Jean Jullien

Article publié le 3 décembre 2015.

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