Parole citoyenne

La vertu d’hospitalité

“Hospitalité” est un mot qui résonne positivement à l’oreille. Un voyageur, un passant, un errant momentanément privé de toit demande l’hospitalité. La porte s’ouvre. Il dormira au chaud. Certaines civilisations ont fait de l’hospitalité un impératif social et presqu’institutionnel.

Ce sont souvent des mondes où le voyage, l’errance, le déplacement sont constitutifs de la vie sociale. Les statistiques en donnent une démonstration sans appel. C’est dans ces pays, en effet, où les réfugiés trouvent, parfois par millions, le moyen de se sauver du péril qui les a mis sur la route. L’Europe – cinq cent millions d’habitants – s’interroge sur sa capacité à en accueillir dignement quelques dizaines de milliers.

Cette interrogation ne peut être balayée d’un revers de la main. Les problèmes techniques, éthiques, économiques, politiques, identitaires que lui pose l’afflux des “migrants” ne sont pas des vues de l’esprit. Mais on peut néanmoins se demander si la question ne se poserait pas différemment dans le cas où l’hospitalité redevenait chez nous une vertu. Il y a une relation constante, un va-et-vient entre le politique et l’intime, entre la vie collective et l’expérience personnelle.

Si l’on se prive de l’hospitalité, comment en connaître le goût ? Ces dernières semaines, notre Europe est traversée de pulsions contradictoires. Dans les pays les plus directement concernés par le flux des réfugiés venus du Moyen-Orient en guerre, des milliers de personnes manifestent concrètement leur compassion pour les malheureux qui ont dû tout quitter. Et en même temps des murs se construisent, des objurgations haineuses se diffusent, des peurs recroquevillent les esprits.

On peut rêver que le plus grand nombre s’exerce à la vertu d’hospitalité, concrètement, dans la vie quotidienne. Et on peut gager que dans ce cas, les réels problèmes techniques, éthiques, économiques, politiques, identitaires qu’entraine l’afflux épisodique des “migrants” trouveront des solutions plus humaines et plus vivables que si nos existences continuent à se barricader. Sinon, quel monde se prépare ?

Article publié le 1 octobre 2015.

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